Petites études 2

Essai phénoménologique de cosmogonie

En raisonnance avec le cogito de Descartes, il est remarquable que la seule constante que l’on retrouve dans tous les phénomènes en soit leur construction dualiste. Cette dualité est la base de toute matière, de toute pensée, et de leurs développements. Ainsi :

– La notion physique de matière repose, en dernière analyse, sur la dualité que nous nommons arbitrairement « positif et négatif », ou « particule ou ondulatoire ».

– Les idées ne peuvent exister que par les opposés : Qu’est-ce que le Bien sans le mal et qu’en serait-il du Mal sans le Bien ; les contraires s’entre définissent !

– Et ceci est développable à l’infini. De telle sorte d’ailleurs que la confusion de toutes ces paires donne un total égal à Æ en existant et à 1 en étant. Cet être ne pouvant se révéler en existence que par paire c’est-à-dire 2.

Seulement il reste que la dualité est logiquement insuffisante : il faut un troisième élément que l’on peut qualifier d’observateur : celui qui sait, qui peut dire et qui peut juger que deux idées originaires existent et s’opposent. Ce jugement entraîne alors sa qualification soit d’objectivité s’il s’insère dans le système descriptif de la science qui donne une existence à l’objet observé en tant que tel, soit subjectif si ce jugement provient des sens seuls et ne donne d’existence à l’objet qu’autant qu’il y a un observateur pour le décrire.

Et ceci reste toutefois encore un récit inachevé car d’autres facteurs viennent intervenir : tout d’abord, le rôle décisionnel du jugement final est dédié en tout état de cause à l’observateur qui ne peut s’en échapper. Quel que soit le langage descriptif utilisé (scientifique : mathématique, logique ou autre ) il reste finalement soumis à une certaine dose de subjectivité.

Mais cette ‘trinité’ « observateur et deux idées opposées » est suffisante pour permettre la description logique d’une cosmogonie. Ce début de l’univers est lui-même, depuis l’origine des temps (soit, pour nous, en fait, depuis l’écriture) l’objet de deux conceptions diamétralement opposées : la matière a sécrété l’esprit, ou l’esprit a conçu la matière. Elles sont donc elles-mêmes naturellement dualistes.

Notre civilisation occidentale tente de démontrer une cosmogonie matérialiste dont un des pôles est constituée à partir d’un « Big Bang », le pôle opposé pouvant se résumer en une création continue. Quel que soit le camp, il ne semble pas avoir obtenu encore le titre suprême de « vérité ».

Aussi m’a-t-il semblé intéressant de consacrer quelque temps à la comparaison des diverse constructions humaines, entre elles d’abord, puis d’en tenter leur synthèse. Ces constructions mentales pouvant être considérées comme les conceptions (parfaitement subjectives) les plus remarquables, sans donc que le choix tienne un compte particulier de jugements scientistes portés sur elles, comme sur toutes les sciences humaines d’ailleurs.

Les premières années de travail ont porté sur la recherche et le collationnement des grands exemples de pensées humaines. Nous disposons maintenant, grâce au travail d’analyse considérable tant en quantité qu’en qualité accompli par les chercheurs et penseurs de ces trois derniers siècles, de matériaux nombreux, de très haute qualité et de conceptions et hypothèses variées et originales. La réelle et seule difficulté étant constitué du nombre des documents à réunir. Mais je dois dire qu’en raison des immenses qualités de clarté et de concision, ce travail a pu être réalisé bien plus rapidement que prévu. Et puis, le développement de la micro-informatique et de ses logiciels, et sa mise à portée à coûts très faibles, m’ont laissé gagner un temps considérable tant dans ce travail lui-même que dans le temps annexe à sacrifier, pour l’acquisition de ces outils eux-mêmes.

Or donc, l’étude a porté sur la physique théorique : la mécanique quantique, la Relativité, les cosmologie, les théories opposées du chaos et des catastrophes, la conception « entropie contre information » de l’univers, etc. ; puis, la mythologie, plus particulièrement le mythe d’Héraclès, description de l’homme devenant divinité, et le symbolisme des épreuves pour opérer cette transition.

L’astrologie, comme autre vision descriptive de l’évolution humaines et de celle de l’humanité entière.

Puis la logique mathématique a été ajoutée.

De ce patchwork, de ce fatras, ressortait en permanence une vue uniforme et lancinante, d’un homme observateur et conscient de lui-même, auquel, globalement, rien n’échappe, surtout pas une vision évolutive de lui-même qui reste en permanence parallèle à celle de son espèce.

Il fallut le vérifier dans le plus grand nombre de cas possibles, en variété et dans le temps : sciences théoriques avec leurs hypothèses multiples  contradictoires, non pour les relever elles-mêmes, mais pour en dégager l’orientation du sens général afin de constater un recoupement ou une contradiction avec l’hypothèse émise.

Puis la sociologie, l’ethnologie (compris l’ethnopsychanalyse complémentariste); or, tout, absolument tout, retrouvait une cohérence dans l’enrichissement de l’hypothèse !

Jusqu’à la rencontre avec l’Egypte pharaonique et ses langages. Le choc ne provint pas des somptueux monuments, ni de la statuaire à peine égalée encore, ni du Livre des Morts, ni même, dans un premier temps, des conceptions religieuses et des images divines les hypostasiant, toutes choses que rien ne nous permettait de comparer à nos propres références, sauf à faire ce que d’aucuns ont osé : des projections hypothétiques réalisées à l’aide de nos propres croyances.

Non ! Ce choc vint des papyrus Rhind et Smith ; le second présente la chirurgie[1] avec des connaissances directement comparables aux nôtres et présentées selon la même conception rationnelle que la nôtre, avec toutefois une différence essentielle : les Egyptiens pharaoniques refusaient d’étudier des morts ; et leur diagnostique s’en ressent : ils étudiaient la vie et la guérison, laissant à la religion le soin des mourants et des cas désespérés.

Le papyrus Rhind concerne les mathématiques. Les Egyptiens ne retenaient que les fractions pour leurs calculs et ainsi avaient résolu la plupart des difficultés inhérentes aux nombres irrationnels ; ainsi ni p, ni le nombre d’or, ni même la quadrature du cercle, n’étaient problèmes pour eux[2]. Ils connaissaient le zéro, la notion d’infini, et les nombres irrationnels mais les avaient rejetés comme philosophiques, du domaine métaphysique, et donc inutiles dans l’univers physique.

En géométrie, la base qu’ils retinrent, comme étant le reflet de la vie, était le volume. Dont ils tiraient, par projection réductrice, les plans à deux dimensions et ensuite les mesures à une seule dimension, qu’ils nous montrent encore avec les valeurs de référence dans presque tous leurs dessins sculptés.

Toute cette science multimillénaire était concentrée dans les temples intérieurs auxquels n’avaient accès que les plus savants d’entre les ‘prêtres’[3]. C’est dans ces temples que les étrangers pouvaient venir se pourvoir en informations de toutes sortes : pour les Grecs, informations surtout utilitaires, pour lutter contre la pauvreté de leur terre caillouteuse permettant la pousse des seuls oliviers. Par contre, avec les voyageurs de l’Est, fort nombreux en raison des échanges et guerres importantes de l’Euphrate à l’Indus, et dont la mentalité et les besoins étaient fort différents (pays très riches) les rapports étaient bien plus longs et profonds et ils venaient recevoir l’enseignement le plus complet selon leurs facultés intellectuelles.

C’est alors que je rencontrais le Livre de Moïse.

Moïse était sans conteste un membre important du temple intérieur égyptien[4]. Il en avait reçu l’éducation, la connaissance complète dont faisait partie les différents tours qui passèrent auprès des hébreux pour des manifestations divines.

Or, il y a trois mille cinq cents ans, que faire pour augmenter considérablement leurs chances de perdurer aux connaissances acquises ? La pierre, certes les égyptiens savaient très bien l’utiliser ; mais elle peut être détruite ou perdue par les éléments et par les hommes : les cas en sont nombreux. Et puis, l’information pouvant être portée par ce support reste limitée.

Le second facteur que Moïse avait à prendre en compte était la différence considérable des connaissances entre le sommet social qu’il représentait, et la base populaire qui recevait une formation dans un but seulement utilitaire afin d’éviter toute déperdition des richesses. Et cette organisation sociale était contrôlée et soutenue par les nombreuses divinités, projections d’une organisation universelle, crédibilisant une morale ; tous éléments qui ont permis plus de trois mille cinq cents ans de civilisation quasi continue.

Tout montrant que l’homme, déjà il y a cinq mille cinq cents ans, ne nous était en rien inférieur, ni en connaissance, ni en intelligence, ni en psychologie des masses, et que les structures sociales et mentales de l’époque permettaient une synthèse des sciences et connaissances à l’échelle d’un homme, il devient aisé d’imaginer, deux mille ans plus tard, Moïse et ses actions débarrassées de leur gangue légendaire merveilleuse, pour lui appliquer le traitement réaliste qui était, les résultats le montrent d’eux-mêmes, dans les capacités des hommes les plus instruits et évolués de son époque.

Il est moins vrai que ce soit toujours le cas de nos jours où deux millénaires de judéo-christianisme[1] nous ont profondément ancrés, entre autre, la croyance en notre supériorité massive sur les anciens, que nous voyons polythéiste donc arriérés, etc…, et que nous soyons prêts à inhiber nos hypothèses évolutives, et à accepter que notre chemin ne nous conduise pas nécessairement vers un « mieux ou meilleur » indubitable.

Or, Moïse voulait, d’une part protéger les connaissances acquises pour les millénaires à venir et, d’autre part, désirait (pourquoi pas à la suite d’un pari ou d’une discussion provoquante contradictoire avec mise au pied du mur) réaliser in vivo une expérience de monothéisme. Ceci sans risquer la destruction de son pays par déstabilisation du tissu social égyptien ; enfin, et je tenterai de le montrer plus loin, faire accélérer le processus évolutif de l’humanité dans le sens de sa vraie finalité qu’il connaît bien.

Les conditions étaient favorables :

Quelques tribus sémites éparses venaient de terminer la construction de la nouvelle résidence de Pharaon (Ramsès II) Pi-ramsès, et les égyptiens ne savaient plus que faire d’eux[2]. Ces tribus n’avaient aucune organisation sociale forte ni aucune religion propre, ni même de langue propre[3].

Alors, les emmener dans le désert avec l’espoir d’une terre promise, leur faire entrer l’idée simple d’un Dieu vengeur dont ils sont les uniques élus, cela, aidé par quelques « miracles » qui ne sont pour Moïse que des tours de prestidigitation élémentaire (buisson ardent, haut-fond de mer, etc..) et surtout, surtout, (et c’est en fait pour cela que Moïse les a nommés ‘élus de Dieu’) ils doivent conserver le Livre ! à tout prix. Les hébreux, bien entendu, n’ont de tout ceci qu’une compréhension seulement littérale ; seuls quelques individus évolués (ou élèves doués du temple) qui ont décidé de suivre Moïse, en connaissent le sens hiéroglyphique transmis seulement par tradition orale. Ils seront très probablement à l’origine de la gnose.

Que ceux qui ne veulent pas me suivre dans cette description regardent simplement autour d’eux, aujourd’hui. Les choses ne sont pas changées : bien peu d’esprits clairvoyants et forts, noyés dans une multitude endormie. Et si quelques moyens ont changé, les buts fondamentaux sont restés les mêmes avec toutefois des résultats sociaux bien moins bons pour nous. Bien sûr, je ne vise pas ici le confort matériel seul, mais bien les conditions générales de vie.

Pour les égyptiens évolués et savants, les dieux sont à la vie sociale ce que les panneaux de signalisation sont au code de la route : des signes. Leur seule observation le démontre à l’évidence de par le masque même qu’ils portent. Le symbolisme égyptien justifie d’une étude psychologique approfondie, non encore rédigée à ma connaissance. Leur gestion du passage de la mort et de l’après vie en est la conclusion richissime.

 

 

[1] Voir pour le christianisme : Aion de C.G.Jung Albin Michel.

[2] Les tribus nomades venaient se réfugier en Egypte lors des sécheresses et donnaient leur travail contre la nourriture. Il a même été retrouvé les vestiges de villages de travailleurs non loin de constructions. C’était cyclique et classique.

[3] Trouver des émigrants résistant plusieurs siècles aux langue et coutumes du pays refuge est impossible. Cf., quoique 1200 ans plus tard,  après seulement 70 ans de déportation à Babylone, les mêmes hébreux, alors qu’ils ont un roi, un dieu fort, ne conservent rien de leur langue.

[1] Retranscription sous Sésostris : 1800 av. J.-C. d’un texte datant d’Imontep (IIIème dynastie, – 2.000 ans).

[2] Pythagore nous en a transmis le parfum par la Grèce, mais bien diminué en quantité et qualités de connaissances. Voir plus loin l’influence de la Grèce sur notre connaissance de l’Egypte antique.

[3] Prêtres dont le recrutement était naturellement extraordinairement égalitariste et tout enfant doué pouvait se retrouver au poste le plus avantageux pour la société et pour lui.

[4] Sa parenté, même et surtout adoptive, avec la fille de Pharaon en est le meilleurs exemple pour ne représenter, peut-être, que le soutien de celui-ci et celle-là à ses projets et à leur montage psychosociologique.