SPECTACLE

Que ce spectacle est étonnant. Je n’aurais jamais pensé avoir autant de possibilités contenues en moi. C’est un enrichissement sans interruption qui me ravit au-delà de tout ce que je pensais pouvoir imaginer.

Quelle belle idée que d’avoir inventé l’espace pour fixer mes idées et le temps pour les sentir évoluer.

C’est absolument merveilleux de découvrir ainsi toutes les potentialités que je décèle en moi.

Bien sûr il y a les balbutiements du début qui ont conduit à une impasse, le spectacle était très largement insuffisant. J’ai donc recommencé, mais cette fois en utilisant toute expérience acquise durant le premier échec.

Après avoir imaginé l’espace puis le temps il m’a fallu inventer des vecteurs issus de moi-même, de les laisser évoluer librement et contempler le résultat.

Moi qui suis hors de l’espace et du temps, j’ai dû faire l’effort intellectuel pour rentrer dans la vision du spectacle ; mon idée géniale est d’avoir imaginé et laisser vivre librement ses éléments issus de moi-même, afin qu’ils constituent le spectacle.

C’est juste cette différenciation, cette distanciation des vecteurs qui est l’idée organisatrice de génie.

Et puis comme toujours dans mon univers d’idées aucune ne peut exister sans que son opposées voit le jour; mon univers est binaire par sa construction; je n’ai pas trouvé mieux pour mon spectacle. Un simple volonté de ma pensée et tout disparaît en une fusion annihilante. Si mon spectacle est raté ou m’ennuie.

 

Ce fut la première étape de la conception ; je pourrais aussi l’appeler introspection. Car je suis seul à le contempler dans son ensemble.

Dans l’espace je puis maintenant fixer les idées qui me composent; et dans le temps les voir se développer, évoluer en se modifiant.

Les vecteurs sont les porteurs des idées par leur partie matérielle, puis  les observateurs de leur évolution. J’ai mis en eux une programmation qui va leur laisser une certaine autonomie pour la création de ce spectacle que constitue un univers. Puis, après plusieurs essais, j’ai mis au point des durées pour chacun des vecteurs car les premiers essais avec des durées très longues ne m’ont pas donné satisfaction : leur longue existence ralentit trop les évolutions.

Afin de garder la fraicheur de ces créations par mes vecteurs, j’ai imaginé de leur faire croire qu’ils les découvraient; c’est-à-dire qu’ils pensaient ne pas les créer mais seulement qu’ils préexistaient. Afin que cette programmation ne soit pas évidente j’ai massivement donné à mes vecteurs, mes sous-ensembles, des qualités d’analyses, leur permettant de limiter leurs travaux à la tâche qu’ils s’étaient donnée  sans pouvoir en faire un tableau complet, car je suis le seul à contempler l’ensemble du spectacle.

J’ai aussi vite compris qu’il me fallait leur donner une autonomie de procréation automatique et que cela les motiverait pour assurer le développement progressif de leur quantité afin d’accélérer le développement du spectacle : ce fut la sexualité qui prit diverses formes selon le niveau du vecteur.

Voici comment j’imagine et crée le fonctionnement des mes sous-ensembles.

Une échelle de conscience permet différents niveaux de fonctionnement, mais tous disposent d’une parcelle du pouvoir issu de moi.

Les plus faibles, la matière et le temps qui sont les supports de base,  mais toutefois non dépourvus de potentiel actif par l’aide qu’ils fournissent à toute le spectacle : nourriture et  évolution.

Le stade suivant est le végétal qui transforme la matière de minéral en croissance.

Les animaux utilisent le végétal pour leur propre croissance. Je leur ai donné une certaine conscience pour leur permettre de transmettre leurs expériences et leurs évolutions ont conduit certains à accéder à une compréhension de mon spectacle et à y prendre une part active; par exemples les animaux de compagnie des humains pour l’échelle haute de conscience.

L’échelle la plus haute dans la conscience d’être des avatars est représentée par les humains. Je leur ai inculqué une notion dont les autres espèces sont dépourvues est celle qui leur montre l’après spectacle dans le spectacle lui-même : leur disparition en tant que sous-ensemble de l’unité du spectacle; c’est-à-dire leur retour en moi-même dans l’univers des idées. Ils y perdent leur individualité mais gagnent la vision globale du spectacle.

Et plus le spectacle s’agrandit, s’approfondie, plus le nombre d’avatars nécessaires à son portage augmente. Je découvre ainsi toutes mes potentialités et celles provenant de mon univers-idées qui viennent s’agglutiner au spectacle.

C’est ainsi que j’ai découvert toute la richesse de la conception binaire que j’ai utilisée car aucune idée ne peut être révélée sans que son contraire se matérialise aussitôt. La somme de tout ceci étant nulle je suis bien toujours dans mon univers des idées qu’un simple effet de ma volonté peut faire apparaître, disparaître et réapparaître dans la même unité de ce temps que j’ai créé donc sans que mes avatars puissent en prendre conscience.

J’ai également transmis à l’humanité au tout début de la création du spectacle, grâce à un groupe humain tout-à-fait privilégié connu sous le nom d’Égypte, un texte explicatif de la création de mon spectacle. Ils l’ont noté par écrit et son interprétation a donné lieu aux travaux de nombreux exégètes  qui ont caché la révélation de sa réalité mais ont grandement favorisé son développement dans de multiples voies.  Je leur ai inculqué que le fait de nommer quelque chose le fait exister en le différenciant du chaos général.

Si les premiers humains étaient frustres et surtout occupés de survie dans un univers qu’ils façonnaient de leurs craintes, de leurs peurs et de leurs difficultés d’adaptation, peu à peu des groupes s’organisaient en spécialisant certains de ses membres. C’est ainsi qu’ils gagnèrent leur survie et leur adaptation au milieu qu’ils créaient.  Ils n’étaient cependant pas conscients que c’était par leur imaginaire qu’ils façonnaient leur univers avec toutes les facettes de leurs esprits, le meilleur comme le pire de leurs cauchemars.  Les cavernes, le feu étaient leurs créations positives, les animaux féroces, l’image de leurs terreurs inconscientes.

 

 

Toutes ces possibilités issues de moi me fascinent et me confortent dans le bien fondé de ma construction. Chaque stade de l’évolution de mes sous-ensembles décrit avec plus de précision l’étendue de ma richesse, de l’infinie richesse du monde des idées. Je sais la fragilité de ce monde des idées, mais je laisse le soin à mes avatars les plus en pointe, de trouver la parade. Moi, je ne peux rien faire que savoir. Alors je découvre la finalité de cette construction que j’ai imaginée : créer une entité stable dans le monde changeant des idées. Je découvre la notion de MOI. Mes avatars me créent. Je suis donc autocréateur.

Je comprends que ce spectacle que je crée n’est pas seulement un simple divertissement mais qu’il est également le moyen de me construire et de perdurer. Même si l’espace et le temps sont de simples artefacts ils me permettent de me révéler par l’observation puis la mémorisation de mes potentialités; mais cela va bien plus loin. Dans le monde des idées, celles-ci sont volatiles et même volages, donc ne permettent pas de construction autres qu’éphémères. Mais par certaines caractéristiques de la programmation de mes avatars, je palie à cette faiblesse. Ce sont les caractéristiques des types psychologiques des humains qui vont permettre cela. Pour débuter je vais prendre comme exemple particulier et simple ce que les humains appellent la paranoïa, qui se caractérise, en simplifiant, par l’acceptation de ce qui semble favorable à l’individu et le rejet violent de ce qui lui semble défavorable, ceci dans l’univers construit. Mais dans le monde des idées j’utilise ces qualités pour constituer autour de mes potentialités révélées une membrane mentale qui retient parfaitement les idées cohérentes et interdit l’entrée à toute idée polluante.

D’autres types psychologiques, que je développerai par ailleurs, constitueront les structures internes, les organisateurs des rapports et,  les quelques-uns qui seront en capacité, des synthèses assurant la pérennité et les buts de mon être; la grande masse des vecteurs assurant le portage simple des idées me composant et leurs évolutions,.

Et j’ai, la possibilité de faire réapparaître à volonté, l’univers sensible, pour comparer.

Mais revenons au spectacle.

Afin de bien contrôler les masses de gens issus de la croissance à la fois des éléments/vecteurs que de la masse des connaissances, des structures sociales ont été conçues : les religions pour lesquelles le fondement repose sur la croyance en un dieu externe à l’humanité et tout puissant. Je suis ainsi bien caché. Mais tous ne sont pas crédules et quelques rares exceptions restent proches de la réalité.

Aussi des systèmes de construction de types de sociétés qui vont quasi toutes, à la suite du magnifique modèle égyptien qui a perduré près de cinq millénaires, se révéler inopérantes, inefficaces, bien souvent nuisibles, en tous les cas peu fiables dans la durée. Mais avec le principal avantage de brasser en profondeur les masses de populations. Nous sommes maintenant à l’échelle mondiale ce qui permet le traitement de l’ensemble de mes sous-ensembles par la puissance des moyens de communication.

Alors, encore quelques ajustements de détails et je pourrai siffler la fin de la récréation.

02/01/2015